dimanche, 14 janvier 2007
63. Il Ne Faut Jamais Dire : "Fontaine, Je Ne Boirai Pas De Ton Eau !"
Mp3 *73
On apprend sur l'espace d'Orouni qu'il tire en partie son nom d'une légende tchadienne. Celle d'un puits qui pense. Et lorsque les voyageurs viennent au puits étancher leur soif, la légende dit que le puits, dans un élan anthropomorphique, ressent à la fois le bonheur d'avoir donné son eau au voyageur et la tristesse de se sentir vidé d'une part de lui.
Cette belle légende illustre bien toute la complexité des relations humaines, tous les antagonismes qui fondent nos psychologies.
Orouni était en concert, jeudi dernier, au Rendez-vous des Amis, le bien-nommé. Et parmi les très nombreux voyageurs venus ce soir-là étancher leur soif d'émotions musicales au puits Orouni, nous étions là, inconfortablement debouts, serrés contre des corps inconnus qui vibrèrent pourtant au même diapason que le nôtre. Car Orouni nous dispensa son précieux art dans des conditions certes difficiles mais qui rendent la performance plus belle encore. Il faut être sérieusement habité par ses chansons pour réussir à faire abstraction des problèmes de sonorisation, de l'atmosphère enfumée, du bruit ambiant et des perturbations réitérées d'un voyageur qui s'abreuva plus de bières que de chansons, ce soir -là... Malgrè tout, Orouni toucha directement au coeur, je crois, chacune des personnes présentes dans la minuscule salle. Et chacun, en ressortant de là, parcourut en solitaire les escaliers de la Butte Montmartre riche de quelque chose qu'il n'avait pas en arrivant.
Voilà bien la preuve qu'un concert, ce n'est pas un lightshow. Ce n'est pas un jeu de scène. Ce n'est pas une grande scène ni de belles coulisses. Un concert, c'était ce soir-là un jeune homme simple qui donne un coup de main à ses copains qui assurent la première partie. Des copains qui lui rendent ensuite la politesse.
C'était ce soir-là un homme assis. Une guitare de bleu bariolée dans les mains. Parfois accompagné d'un ukulélé ou d'un glockenspiel ou d'un clavier maladroit. C'était surtout des chansons. Belles. Grandes même pour certaines. Et un instant magique, en apesanteur, où Mina Tindle vint joindre sa voix à celle d'Orouni. En bref, une impeccable collection de chansons pop-folk bancales. Et ce qui, sur disque, gênait l'auditeur blasé que je suis peut-être devenu malgrè moi, se transforma en qualité que j'apprécie par-dessus tout en matière de musique. Lorsque l'amateurisme peut-être érigé en mode de communication sensible. Lorsqu'on a l'impression que ce type qui joue et chante, là, devant nous, est en train de tout mettre sur la table. Qu'il nous parle en musique. Et que ce qu'il nous dit, c'est toute sa vie.
Ce soir-là, en discutant avec Orouni après son concert, il nous laissa l'impression d'un homme fatigué, tendu, agacé peut-être. Et nous comprîmes qu'il venait de donner beaucoup de lui-même. Qu'Orouni avait donné beaucoup de bonheur à tous les voyageurs qui s'étaient arrêtés là pour s'abreuver à son puits. Et de bonheur, il n'en avait peut-être plus beaucoup en lui. Ce jeune homme triste venait de se vider d'une part de lui...
Puisse ce modeste compte-rendu de concert lui tirer un sourire de satisfaction. Puisse-t-il contribuer à remplir à nouveau le puits d'Orouni. Que nous puissions bientôt venir y puiser notre petite dose de bonheur simple...
17:50 Publié dans concert | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note


Commentaires
Je n'ai pas grand chose à ajouter, tellement ce post est touchant, et représente bien la musique d'Orouni : elle va droit au coeur !
Écrit par : jen | dimanche, 14 janvier 2007
Ces concerts-là sont souvent les meilleurs.
Jen, il va falloir faire tout de même un petit effort !!!
Mister Cool Bean a été redoutablement sensible sur cette chronique mais je sens que tu peux parachever ce travail en y apportant ta sensibilité toute kaleidoscopesque...
Écrit par : anakin | dimanche, 14 janvier 2007
N'ayez aucun doute à ce sujet, je ne dis jamais "Fontaine, je ne boirai pas de ton eau". La meilleure raison est que je suis prêt à ingurgiter tout ce que mon alcoolique acolyte me sers à boire (et que ce n'est jamais de l'eau).
Je n'ai toutefois pas entièrement saisi le sens de votre prose, M. CoolBeans. Est-ce une avant-première de la prochaine réclame pour une eau minérale naturellement gazeuse sensée concurrencer Quézac? L'Eau Rouny, par exemple?
Écrit par : Bataille | dimanche, 14 janvier 2007
Vous ici ? Je vous croyais zozo !
Écrit par : coolbeans | dimanche, 14 janvier 2007
Mdr Bataille!
quel joli post Coolbeans, j'ai failli verser une larme...
Écrit par : Kadi | dimanche, 14 janvier 2007
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